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Les évangéliques, en plein essor, peinent à trouver des lieux de culte

Article publié le 08 Mars 2007
Par Stéphanie Le Bars

Nuisances sonores, soupçons de sectarisme : les maires rechignent à accueillir ces Eglises, qui rassemblent en Ile-de-France environ 150 000 personnes, souvent d'origine africaine ou antillaise.

Chaque dimanche, le pasteur Yvan Castanou et ses assistants officient deux fois. A 9 heures, puis à 11 h 30, les centaines de fidèles qui se pressent à l'église ont vite fait d'occuper les 290 places assises installées dans un ancien atelier d'une rue pavillonnaire d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), reconverti en lieu de culte en 2002. Dimanche 4 mars, comme à l'accoutumée, les placeurs ont été débordés. Dans l'entrée, les retardataires se sont installés devant un écran de télévision qui retransmet l'office. Privés de la chaleur et de la ferveur qui, en quelques minutes, se sont emparées de la salle.

 Pendant le culte, les enfants sont rassemblés au sous-sol du bâtiment, où une cafétéria aveugle jouxte un espace exigu réservé à quelques ordinateurs « pour l'aide aux devoirs et les cours de bureautique » dispensés par l'église. « En cinq ans, nous sommes passés de vingt à sept cents fidèles, d'origine afro-antillaise pour la plupart. Chaque semaine, vingt nouvelles personnes se présentent, assure le pasteur d'Impact centre chrétien, le nom de l'église évangélique qu'il a créée avec son frère. Depuis plusieurs années, nous essayons de quitter ce quartier pour nous agrandir mais nous ne parvenons pas à louer ou à acheter d'autres locaux ; la dernière fois que nous avions trouvé un bâtiment à Ivry, la mairie, communiste, a fait jouer son droit de préemption. » Sollicitée à plusieurs reprises par Le Monde, la mairie d'Ivry n'a pas souhaité s'exprimer.

De guerre lasse, M. Castanou, soutenu par la Fédération protestante de France (FPF), s'est tourné vers d'autres communes du Val-de-Marne. La location d'un entrepôt, situé sur une zone industrielle, est en discussion. Le prix du loyer est déjà fixé ; reste à convaincre le maire PCF.

Comme le pasteur Castanou, de nombreux responsables d'églises évangéliques, dont la vitalité ne se dément pas, notamment en région parisienne, rencontrent des difficultés pour offrir à leurs fidèles des « lieux de culte dignes ». A la recherche d'entrepôts ou de cinémas désaffectés, ils passent d'une localité à l'autre, parfois pendant plusieurs années, avant de trouver un point de chute. « Lorsqu'elles visent un local, les communautés évangéliques se heurtent souvent au droit de préemption des mairies ou à leur refus de changer la destination des locaux. Les municipalités ont peur car elles assimilent parfois ces églises à des sectes. Ce qui est ridicule », juge Jean-Arnold de Clermont, le président de la FPF, qui constitue une sorte de caution morale pour la trentaine d'églises d'expression africaine qu'elle accueille en son sein.

Mais parmi la multitude d'églises évangéliques nées ces dernières années - on estime à 150 000 le nombre de fidèles en région parisienne -, toutes ne bénéficient pas du « label » FPF. « C'est vrai que les maires nous disent souvent qu'elles manquent de garants, mais à partir du moment où une église a été reconnue en tant qu'association cultuelle, elle n'a pas besoin de tutelle supplémentaire », poursuit M. de Clermont. Les pasteurs sont en outre régulièrement convoqués par les renseignements généraux. Côté mairie, on dit craindre aussi les nuisances sonores pour les riverains. « On a réalisé de gros travaux d'insonorisation, assure Yvan Castanou à Ivry, mais c'est vrai que notre culte, avec ses chants venus du gospel, du R'n'B ou du hip-hop, est bruyant. Les voisins ne sont pas trop contents. Mais nous restons convaincus que les refus des mairies sont purement idéologiques, d'autant qu'on ne leur demande même pas de subventions. Ce sont les dons des fidèles qui assurent le financement de nos nouveaux lieux de culte. »

« Aujourd'hui, les plus discriminés en matière de construction de lieux de culte sont sans aucun doute les évangéliques parce qu'ils sont les moins batailleurs, confirme Didier Leschi, chef du bureau des cultes au ministère de l'intérieur. Face à leurs dossiers, les mairies exercent parfois un droit de préemption abusif. Or, pour l'instant, les évangéliques hésitent à porter plainte. » « Ce n'est pas dans notre nature et on ne souhaite pas non plus aller perturber des séances du conseil municipal ou des mariages comme peuvent le faire les musulmans », reconnaît M. Castanou, qui préfère s'en remettre à Dieu qu'aux instances judiciaires.

Comparativement, les musulmans jouissent désormais d'une relative facilité pour ouvrir une salle de prière ou une mosquée. Si des besoins demeurent en termes de surface, notamment, « l'islam des caves » est en passe de disparaître. « Un lieu de culte ouvre en moyenne par semaine », indique M. Leschi. Plus de 2 000 lieux de culte musulman fonctionnent aujourd'hui. Et les responsables musulmans le reconnaissent eux-mêmes, il est devenu électoralement payant pour un élu d'assister à la pose de la première pierre d'une mosquée. Les évangéliques n'ont pas encore acquis ce poids électoral aux yeux des élus locaux.

Stéphanie Le Bars


Source : Le Monde (le journal)

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